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Chacun de nos épisodes est une brève immersion dans le monde de l'un de nos témoins. Alors parfois, nous aimons prolonger ses moments, soit parce que nous pensons que des idées doivent être éclaircies ou approfondies, soit parce qu'elles nous emmènent un peu plus loin. Tous ces articles sont le fruit de ces rencontres si particulières.

 

CAMBODGE : De la conservation des espa.è.ces

04/29/2020

CAMBODGE : De la conservation des espa.è.ces

La rencontre avec Adam (-re-voir son témoignage) a été un petit tremblement de terre pour nous, la redécouverte d’un concept : la conservation. A première vue, la conservation nous évoque les congélateurs et les musée d’histoire naturelle, rien de très sexy d’un point de vue écologique. Il y a aussi cette idée de sanctuaire de la nature, avec les « réserves naturelles » et les « aires protégées », qui nous renvoie à une notion d’une nature fragile à défendre ou une demoiselle en détresse. Sauver la planète avec la conservation comme arme de protection massive. Ou du moins comme un outil multidimensionnel qui se déploie en plusieurs méthodes et visions sur le terrain. Nous ne nous arrêterons pas sur les différentes sensibilités conservationnistes qui existent et qu’on sous-entend dans des questions telles que : les zoos ont-ils leur utilité pour conserver les espèces menacées ? Doit-on sanctuariser l’Arctique ? Retenons que la conservation vise avant tout à la protection des espaces naturels et des espèces naturelles et que divers moyens ont été imaginés dans ce but au fil du temps. Que ce soit dit tout net : nous ne doutons pas de la nécessité d’engager des politiques ambitieuses de conservation des espaces et de la biodiversité, mais nous souhaitons nous arrêter ici sur quelques détails qui montrent à notre avis un défaut majeur dans notre perception du monde.

 

 



Commençons avec l’usage du terme naturel pour parler des espaces et des espèces. Comme s’il existait, a contrario, des espaces et des espèces non-naturels. Par exemple, les espaces « naturels » s’opposeraient aux espaces « artificiels » dans le sens « façonnés par l’être-humain ». L’homme apparaît encore une fois comme un sujet extérieur à la nature, tellement que son espace de vie est hors de la nature. Prenons la ville, cette forme d’habitation humaine et extrême d’un territoire : tout ce qui y est construit, tout ce qui y circule a été transformé depuis un état originel qui se trouve « naturellement » quelque part sur la Terre. Donc même la ville la plus bétonnée est quand même naturelle au sens faite d’objet provenant de la nature. La main de l’homme dans le design de nos milieux de vie est bien réelle mais arrivera toujours après celle de la Terre. Au terme « naturel » on peut lui préférer celui de « sauvage ». Les espaces sauvages s’opposent alors aux espaces occupés par l’homme, de même que les espèces sauvages s’opposent aux espèces domestiquées. Cette distinction est déjà plus familière et on commence à voir que l’usage du mot « nature » dans le contexte de la conservation pose problème car il nous isole irrémédiablement du reste du monde vivant.

 

Retour en arrière : l’homme est un loup pour l’homme et pour le reste du règne vivant d’ailleurs. Il ne voit le monde que par le spectre des ressources naturelles à exploiter et des distances à affranchir. On pourrait l’appeler le Prédateur. On en trouve encore beaucoup ces temps-ci mais ils deviennent de plus en plus impopulaires, car les vœux pieux proférés au sujet du progrès technique ont fait leur temps. Aujourd’hui il semble que la plupart d’entre nous préférons nous associer à l’image du Gardien. Celui qui veille au bien-être avec bienveillance et assure la sécurité avec autorité parce qu’il est bien conscient que les écosystèmes nous rendent des services bien inestimables sans lesquels nous ne pourrions vivre (les planctons fabriquent 50% de notre oxygène pour ne citer qu’un exemple). Ces services il ne les connaît pas tous bien sûr, comment le pourrait-il ? Un écosystème dans son enchevêtrement de relations vivantes est si complexe. L’être-humain, ce berger de la biodiversité.

 

Du Prédateur au Gardien, une révolution douce de surface s’est opérée mais une continuité des profondeurs doit être soulignée. L’alpha et l’oméga de cette histoire reste l’être-humain en tant qu’il gère, contrôle, inventorie, met des quotas, bref régule. Dans sa fonction de gestionnaire il organise ses aires protégées comme ses zones économiques. Qu’il exploite les ressources naturelles gratuite et à sa disposition ou qu’il valorise monétairement les services écologiques que les écosystèmes lui rendent (une étude de 2005 estime à 1,8 milliard d’euros la tâche réalisée par les abeilles polinisatrices sur les exploitations agricoles françaises), la même logique reste à l’œuvre, celle où on n’accorde de la valeur à autrui qu’en fonction de l’utilité que nous pouvons en retirer. Le Gardien, c’est la figure associée à la conservation aujourd’hui. En le comparant au Prédateur, on voit bien qu’il a changé de stratégie et tant mieux, mais il a gardé sa position. Car celui qui conserve (l’humain) s’oppose ou domine toujours ce qui peut être conservé (potentiellement toute espèce vivante et sauvage), comme celui qui exploite s’oppose ou domine toujours ce qui peut être exploité.


 

Se pose maintenant la question de fond qui est : comment nous percevons-nous dans le règne du vivant ? Quelle valeur accordons-nous aux formes de vie différentes de nous ? Je crois que chacun d’entre nous peut trouver sa propre réponse, en son âme et conscience.

Et voici la nôtre : l’être-humain habite sur la Terre. Comme tous les virus, bactéries, animaux, végétaux, nous sommes terriens. Et se voir comme habitant change tout. Parce que si nous habitons des espaces, comme n’importe quelle espèce, nous n’avons plus des ressources mais des voisins. Ils sont des êtres dont l’existence à une valeur en soi, et pas seulement pour notre propre subsistance. Là où nous habitons, nous sommes chez nous, et nous prenons soin de notre maison pour qu’elle reste en état de fonctionnement le plus longtemps possible. Lorsqu’nous estimons que des peuples indigènes devraient avoir le droit de rester vivre dans les « réserves naturelles », c’est un peu cette logique à l’œuvre, parce que nous nous rendons bien compte que l’existence de l’espèce humaine est tout à fait compatible avec un épanouissement de la biodiversité sur un territoire donné. Habiter, c’est le stade où la protection n’est plus nécessaire parce qu’où nous sommes fait partie de ce qui nous définit en tant qu’être-vivant, défendre sa maison c’est alors se défendre soi, comme un instinct de survie qui nous réintègre à la Terre et à la biodiversité.

 

D’un autre côté, s’il y a des territoires que nous habitons, alors il y a aussi tous ceux que nous n’habitons pas. Et là, nous devons nous poser une autre question : et si, l’homme malgré bien que doté d’une très grande capacité d’adaptation, n’était pas fait pour habiter tous les espaces ? Nous entendons de plus en plus d’appels à ré-ensauvager 30%, 50% de la planète, c’est à dire vider massivement des espaces entiers de toute trace, toute vie humaine et laisser à d’autres êtres le soin d’y habiter sans aucune interférence de notre part. Que se soit les métropoles tentaculaires, les zones agricoles qui s’étendent des forêts aux déserts, les océans pollués par le plastique et l’air par les microparticules, les routes qui créent des ruptures dans les espaces sans parler des ponts, des tunnels, des barrages, des mines à ciel ouvert, … Nous occupons la Terre plus que nous l’habitons. Et lorsque nous serons capables de faire la différence dans nos esprits et nos comportements entre occuper et habiter, alors il n’y aura plus besoin de protéger quoique ce soit. Il n’y aura plus qu’à vivre.

CAMBODGE conté : Je suis Mondulkiri VIETNAM : Le jour où j'ai rencontré une sorcière