contact

NOS 165 COPRODUCTEURS : Jacinthe Hélène Josiane Lucie José Thibault Catherine Caroline Julien Jérôme Barbara Marie Mathis Sophie Elise Marie Michel Philippe Célia Hugues Hubert Talleen Mathilde Michèle Sigrid Marie Marie Joëlle Bruno Boris Mathilde Alice Mehdi Sophie Laurence Elisabeth Gilles Olivier Pierre-Olivier Capucine Magali Alexia Frédérick Simon Laeti Nicole Tristan Fanny Gérald Lise Anne Philippe Marie-Hélène Benjamin Nicole Maud Michele Laura Jean-Paul Thibault Veronica Mathias Lucky Aurélien Marie Sylvie Léa Nicole Rina Victoria Lucie Emile Tina Camille Eliane Manon Josiane Albert Loïc Leslie Cécile Julie Cyrille Damien Marie-Martine Claire Kevin Daniela Cati & Bruno Olivier Elodie Isabelle Damien Sébastien Aurelien Anne Marie-Thérèse Kevin Roxane Claire Marie Théo Fiora Lucie Pierre Hannah Mathieu Liliane Patricia Valentin Amandine Marine Henri-Pierre Marjorie Kenny Olivier Catlyne Signe Guillaume Romain Jerome Emile Corentin Lise Vincent Denis Sophie Cédric Olivier Emilie Thomas Coline Yohan Marie Dany Lucie Julie William Anne-Sophie Gautier Morgane Julien Jérôme Johanna Alexandre Camille Nicolas Emilienne Véronique Patrick Lucien

LES ARTICLES

Chacun de nos épisodes est une brève immersion dans le monde de l'un de nos témoins. Alors parfois, nous aimons prolonger ses moments, soit parce que nous pensons que des idées doivent être éclaircies ou approfondies, soit parce qu'elles nous emmènent un peu plus loin. Tous ces articles sont le fruit de ces rencontres si particulières.

 

INDE : De la coopération Homme-Nature

07/23/2020

INDE : De la coopération Homme-Nature

Le Meghalaya est un état indien coincé entre le Bangladesh et la Birmanie. On l’appelle « l’Ecosse de l’est », rapport à sa pluviométrie : les alentours de la localité de Sohra seraient parmi les plus arrosés de la planète.  

C’est justement là-bas que l’on trouve une curiosité hors-du-commun : des ponts vivants. Imaginez un petit village en fond de vallée à peine visible tant la végétation est dense, séparé des voies terrestres car il est installé sur un bord de rivière très difficilement accessible. Imaginez un lit de rivière relativement profond pendant la saisons sèche qui se transforme en torrent lors de la saison des pluies. Il arrive que le hasard fasse grandir sur chaque rive, l’un en face de l’autre, deux arbres d’une espèce endémique : le figuier à caoutchouc. Les racines de ces arbres s’étalent aux sols mais peuvent être manipulées pour se comporter comme des lianes. Elles sont dirigées à l’aide de câbles (métallique ou végétal) tendus au-dessus de la rivière. En grandissant, elles s’allongent et s’épaississent pendant que d’autres racines sont amenées à consolider l’ouvrage initial. Au fil des ans, et il faut bien compter au moins cinquante, les pont-racines vivants peuvent être utilisés pour traverser la rivière en sécurité et en toute saison. Avec le temps, le pont devient de plus en plus solide et demande de moins en moins d’entretien et d’attention. Nous avons même vu des spécimens renforcés avec des planches en bois ou de la terre tassée !
Alors que nous enseigne cet exemple extraordinaire d’alliance entre créativité humaine et règne du vivant ? 

D’abord très classiquement, quand l’homme mobilise son pouvoir d’invention, il s’agit de répondre à un besoin précis ou localisé. La construction de ces ponts, à moins qu’il ne s’agisse de jardinage - on ne sait plus trop à ce stade – n’échappe pas à cette dynamique qui semble universelle. Ces ponts sont typiques d’un seul village khasi de la région. On retrouve des techniques similaires dans des villages de régions plus éloignées, mais il ne s’agit pas là d’une technique propre à la civilisation khasi. Il s’agit d’un savoir-faire original s’inspirant d’une ressource endémique et répondant à un besoin très localisé sur le territoire khasi. Autour de Sohra comme nous l’avons dit, la saison des pluies y est particulièrement violente et entre les glissements de terrain et l’érosion rapide du matériel (bois), la fabrication des ponts d’après des techniques plus conventionnelles était inadaptée (temps de maintenance ou de reconstruction, insécurité). Les habitants de ce village khasi ont donc mobilisé leur intelligence pour concevoir une alternative plus pérenne. 

Ces ponts ont été aménagés il y a environ 200 ans. Il ne s’agit pas là d’un savoir ancestral passé de génération en génération depuis des temps immémoriaux. Nous ne savons que peu de chose de l’histoire des Khasis, rapport à leur tradition orale qui nous a légué pas mal d’énigmes. Mais nous pensons qu’il y a encore quelques siècles, ils étaient nomades et qu’ils ne se sont installés dans les collines du Meghalaya que relativement récemment (quelques siècles tout au plus). Ces ponts témoignent donc de l‘acquisition d’une technique relativement récente dans l’histoire de l’humanité et qui est encore employée aujourd’hui bien que des pont « technologiquement » supérieur soit une alternative accessible. Nous pouvons trouver des moyens de bénéficier des potentialités présentes dans la nature en écartant nos réflexes extractivistes et dominateurs. Des bénéfices auxquels nous n’imaginerions pas au premier abord, pourraient émerger : dans ce village, les arbres consolident les rives par leur réseau racinaire dans le sol, fortifient les ponts au fil du temps avec les racines aériennes agencées par les hommes et la canopée nous protège du soleil (peut-être aussi de la pluie mais nous n’avons pas testé). 

Enfin, les Khasis ont un rapport au temps qui est différent du nôtre. Ils s’organisent en clan, lequel est presque l’unité primordial chez les Khasis. La pensée et les actions des ancêtres continuent d’être respectées voir perpétrées. Très communément, les Khasis préservent des espaces, des écosystèmes entiers depuis plusieurs générations car il s’agit de bosquets sacrés pour lesquels leurs ancêtres ont instauré un certains nombres de règles encore suivies aujourd’hui (pas de chasse, pas de cueillette). La pérennité du clan vient avec l’apparition des générations futures. Attendre 50 ou 100 ans pour un pont ne représente donc pas une grande contrainte quand il s’agit de conforter l’installation de son clan dans l’endroit choisi par les ancêtres. Et puisque leurs descendants vivront là après eux, autant laisser les ressources qui sont prélevées dans la forêt dans le meilleur état possible. Changer de rapport au temps permet aussi d’observer ce qui paraît immobile : les arbres qui poussent, leurs racines qui se développent… puis faire le lien avec une nécessité telle que, traverser une rivière. 

Les ponts vivants des Khasis réconcilient désir de création humain et intégrité des espaces vivants. Les Khasis n’ont fait que mobiliser leur intelligence et les ressources qui étaient à proximité pour satisfaire un besoin essentiel : traverser la rivière pour communiquer avec les autres villages et ravitailler les habitants du bas de la vallée. Ce qui nous interpelle ici c’est que la technique mobilisée n’est ni invasive ni extractive, pour un service rendu aussi bon, peut-être même meilleur (où trouve-t-on un pont dont la qualité s’améliore dans le temps, et dont la durée de vie est estimée à 500 ans environs ?). Elle tient à une réflexion autour du service recherché qui est toute autre : les Khasis ont choisi de s’installer de ce côté de la rivière maintenant et pour toujours. Ils ont lié leur avenir à celui de leur milieu, chaque décision qui va dans l’intérêt du village doit donc refléter celui du lieu où se trouve le village (et où vivent accessoirement des milliers d’autres êtres). Les Khasis cultivent un pouvoir de longue vue avec lequel nous serions bien avisés de renouer. 

CAMBODGE conté : Je suis Mondulkiri