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Chacun de nos épisodes est une brève immersion dans le monde de l'un de nos témoins. Alors parfois, nous aimons prolonger ses moments, soit parce que nous pensons que des idées doivent être éclaircies ou approfondies, soit parce qu'elles nous emmènent un peu plus loin. Tous ces articles sont le fruit de ces rencontres si particulières.

 

CAMBODGE conté : Je suis Mondulkiri

05/17/2020

CAMBODGE conté : Je suis Mondulkiri

 

Les Hommes m’appellent Mondulkiri et mon nom signifie Terre des Collines. Je couvre l’est du cambodge de mes formes généreuses, et il y a très longtemps, la vie est venue à moi.

Sur mes traits irréguliers, mes filles Cascades et Rivières ont grandi librement, courant et sautant sur mes flancs, se nourrissant aux seins des Pluies. Et mes filles après moi, ont appelé la vie. Les Arbres sont venus et mes Collines sont devenues Jungle. Ma Terre orange s’est couverte de toisons vertes, ma peau brûlée par le Soleil, enfin protégée. La Forêt à son tour a grandi et s’est fortifiée car tous, nous partagions l’eau, de sorte qu’aucun n’ait jamais soif. Après les Arbres, des millions d’Êtres de toutes les formes, sont venus à leur tour pour habiter notre maison. Et il y a deux mille ans, les Hommes sont arrivés. Ils se sont installés dans la Jungle aussi et ils lui parlaient. Ils me parlaient. Ils ont appris mon langage et nous nous comprenions ainsi, êtres de chair ou d’écorce et moi, car nous nous exprimions par l’Esprit et par les gestes et utilisions tous nos sens pour nous comprendre. Ces Hommes se protégeaient de la faim au Poisson des Rivières, du froid au bois des Arbres, et de la solitude, à la joie de leurs cœurs unis. Et toujours ils me remerciaient. Ils naissaient et mourraient dans la Jungle comme les Tigres et les Éléphants. Parfois la Maladie les emportait, parfois la faim. Ils ne connaissaient ni le malheur ni le bonheur mais ils jouissaient de la vie. Le nom de ces Hommes est Bunong. Ils ont reconnu les Éléphants comme leurs frères, ils ont appris à les craindre mais aussi à les dompter mais toujours ils ont senti leur Esprit et pour cela ils les respectaient.

 

 

Les armes, les vêtements, l’écriture et l’argent ne sont pas nés de ces Hommes-là, mais d’autres Hommes, des Blancs puis des Rouges. Les rouges ont pris la vie dans la Jungle et ils ont pris aussi les Bunong. Depuis ce temps, les Hommes ne vivent plus dans la Jungle et petit à petit, la vie me quitte. Les Tigres d’abord, les Éléphants aussi, ceux-là les Hommes ont remarqué bien sûr car ils sont toujours attentifs à ce qui leur fait peur ou à ce qu’ils désirent. Moi seule sait compter les morts, moi seule suit en mesure de tous les pleurer car ce qui est invisible aux yeux des hommes ne m’échappe jamais car mon amour infini m’a donné la clairvoyance. Aujourd’hui les Hommes, ce sont les Arbres qu’ils tuent. Et avec eux des milliers d’autres Êtres. Les Hommes aujourd’hui oublient de dire merci ou de demander pardon. Ils ne comprennent plus notre langage et n’entendent pas la Jungle mourir car la vie qui s’exprime devient silencieuse aux oreilles de ceux qui cessent d’entendre. Pendant ce temps, aucune Forêt dans le monde ne meurt aussi vite que ma Jungle. Même les Bunongs ont déjà presqu’oublié qu’un jour, ils ont reconnu les Éléphants comme leurs frères et qu’ils pouvaient parler par l’Esprit aux Bambous et aux Rivières. Bientôt, les esprits se tairont aussi pour les Bunongs, lorsqu’ils n’entendront plus et qu’ils ne parleront plus que l’autre langage, celui des Hommes. Aujourd’hui les Bunongs convoitent le bonheur et craignent le malheur. Ils veulent vivre dans la communauté des Hommes et non plus dans la communauté de la vie. Ils n’apprennent plus à leurs enfants comment se nourrir du Poisson des Rivières, ni à se réchauffer aux bois des Arbres, ni à se soigner par leurs feuilles. Lorsque ces Enfants vieilliront, les derniers Bunongs qui ont appris mon langage seront déjà morts. Et alors, moi aussi je me tairais.

 

Je suis née des milliards d’année avant vous et je mourrai des milliards d’année après vous. Je suis sans âge mais non immortelle. J’ai vu la vie naitre et foisonner, puis j’ai vu la destruction et la renaissance. Et je sens qu’aujourd’hui de nouveau, la vie me quitte. La vie, il y en aura toujours assez pour moi mais pas pour tant d’Autres qui respirent avec moi. Et lorsqu’ils disparaitront, la joie s’en ira avec eux et seule demeurera ma peine. Je tiendrai debout, seule, longtemps, jusqu’à ce que la vie me rejoigne à nouveau et que de nouveau, ma peine se transforme en joie. Ce jour-là je ne serai plus Mondulkiri, mais je serai autre. Et vous ne serez plus.

 

 

 

 

INDE : De la coopération Homme-Nature CAMBODGE : De la conservation des espa.è.ces